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Y aura-t-il pour de vrai un matin ?

Lieux | Dates

Théâtre National Chiung-Kai Shek de Taipei

24 fév. 2012

  • 20H30

25 fév. 2012

  • 15H00
  • 20H30

26 fév. 2012

  • 15H00
Théâtre Louis Jouvet de Rethel

15 mar. 2012

  • 14H30

16 mar. 2012

  • 20H30
Théâtre de La Madeleine de Troyes

20 mar. 2012

  • 20H30
Le Dansoir - Karine Saporta

22 mar. 2012

  • 20H30

Myriam Herve-Gil | Anne Mulpas

Y aura-t-il pour de vrai un matin ?

Présentation

Mes pieds dépassent de la robe – s’aventurent sur le papier. Mes pieds parlent. Je ne sais pas danser gentiment, le petit doigt levé et le regard absent. Je ne suis pas papillon de salon. Je danse la tête en bas. Moi. Oh - qu’il est bon de t’aimer – entre quatre murs – le quatrième s’est ouvert. N’est-ce pas qu’il s’est ouvert et que ne meurt pas en vain ? N’est-ce pas ?
Anne Mulpas

Presque absente de la scène littéraire de son vivant, Emily Dickinson fut également peu présente dans le théâtre de la vie. C’est ce choix d’un retrait du monde et ce qui en résulte dans son oeuvre qui m’a interpellé. C’est en­suite ce goût de l’abstraction et de la spéculation métaphysique, formulé en phrases tranchantes et définitives ; cet évanouissement des frontières naturelles du proche et du lointain, de l’intime et du monde, du familier et de l’étrange – 1. qui m’a fascinée, m’a convaincue que la page vierge du plateau devait ici plus qu’ailleurs être investie autant par le verbe que par le corps, et m’a donné l’envie de renouveler la rencontre du mot et du geste, du théâtre et de la danse.

Myriam Herve-Gil

1 : Patrick Kechichian – Le Monde, 1998.

Distribution

Direction artistique et chorégraphie : Myriam Herve-Gil

Texte : Anne Mulpas

Traduction chinoise : Hsia Yu

Mise en scène : Myriam Herve-Gil et Jean-Marie Lejude

Assistanat à la chorégraphie : Tai Yu-hsiu

Interprétation : Hsu Yen-ling, Pascale Degli Esposti, Cheng Yi-wen, Chen Po-wen, Su Kuan-yin, Chang Chih-chieh

Musique : Lin Jin-yao

Lumière : Wong Choo-yean

Costumes : Yang Yu-te

Interprétariat : Sun Ping

Administration de tournée : Wang Chia-wei

Production

Coproduction : Cie Herve-Gil, Cie Dance Forum Taipei, Théâtre Louis Jouvet de Rethel – Scène conventionnée des Ardennes, Théâtre National Chiang-Kai Shek de Taipei

Soutien : Ministère de la culture de Taïwan, Ville de Taipei - Département des Affaires culturelles, Région Champagne-Ardenne - ORCCA, Institut français de Taipei

Avec le concours de : Centre culturel de Taïwan à Paris, Centre national de la danse de Pantin.

Plus d'infos

« Nous serons plongés dans un univers en chinois, langue dans laquelle a été traduite l'œuvre de  Anne Mulpas, écrite en français. La comédienne taïwanaise, et la chorégraphe face à leur besoin de se confronter, nous donnent à voir un travail au scalpel, sous-titré en français. Nous serons donc au cœur d'Emily. Un moment d'intense échange réciproque conduira cette joyeuse bande sur la scène. »

L'Union L'Ardennais

« Ces dernières années, Dance Forum Taipei s’est investi dans d’intéressantes et nombreuses collaborations avec des artistes étrangers, mais la dernière en date, culminant avec la production de la pièce « Y aura-t-il pour de vrai un matin », présentée cette année au Festival International des Arts de Taiwan, est incontestablement la meilleure de toutes.

Cette collaboration commença avec une rencontre heureuse et accidentelle, celle de la chorégraphe française Myriam Herve-Gil, connue pour son travail d’exploration de la condition féminine, et l’actrice taïwanaise Hsu Yen-ling, remarquée au Fringe du Festival d’Avignon 2009. Elles se découvrirent un intérêt partagé pour la poétesse américaine Emily Dickinson (1830-1886), dont la poésie au style dépouillé, sans prétentions, connut un franc succès après sa mort. Les discussions qui s’en suivirent donnèrent lieu à la production, pour laquelle Herve-Gil invita la dramaturge et poétesse française Anne Mulpas à écrire un texte portant à la fois sur Dickinson et la vie de la femme au 21e siècle. Herve-Gil proposa ensuite à Dance Forum Taipei, dont elle avait vu les danseurs sur scène aux Etats-Unis, de participer au projet.

Le résultat est un savant mélange de poèmes de Dickinson, prononcés en chinois et en anglais, de danse et de musique (principalement jouée en direct par Lin Jin-yao), Herve-Gil et son équipe explorant ce que signifie être une femme et une artiste. De nombreux poèmes de Dickinson portent sur la mort et l’immortalité. « Je perçus des Funérailles dans mon Cerveau », « La tombe est mon petit cottage », « Parce que je ne pouvais pas m’arrêter pour la Mort », sont, entres autres, ici utilisés. Et pourtant ce spectacle est loin d’être pesant. Certes, il est dans sa majeure partie lent et contemplatif, mais c’est une de ces saisissantes productions qui vous guettent et vous pénètrent sans même que vous en preniez conscience.

Le spectacle commence tout en douceur et avec peu d’action. Trois femmes (Hsu, la danseuse-chanteuse française Pascal Degli Esposti, et la danseuse de Dance Forum Taipei Cheng Yi-wen) sont assises et récitent des fragments de poèmes de Dickinson, bougeant ensuite, mais traçant des mouvements simples, des tours sur soi-même en ligne droite à travers la scène. Rapidement notre intérêt est accru tandis que trois hommes, chacun debout sur son socle, émergent de l’ombre. A différents moments de la pièce ils alternent l’apparence de statues, d’automates, ou de véritables personnes. A plusieurs reprises ils soulèvent doucement leurs partenaires, les tenant dans l’air comme si elles flottaient, de même que Dickinson utilise des tirets au sein de son texte, laissant ainsi la rime en suspens.

Les trois hommes sont froids, à peine plus qu’un support physique pour les trois femmes, dont les mouvements expriment leurs sentiments profonds, leurs émotions à vif, contrastant ainsi vivement avec ceux des danseurs. La plupart du temps la scène est éclairée par un faisceau de lumière depuis l’angle gauche, projetant des ombres et laissant des recoins cachés. Comme si l’on nous laissait entrer dans leurs esprits, dans l’esprit de Dickinson, ou peut-être bien les deux. Cependant, tout au long de la pièce bien des choses demeurent incertaines.

Les sonorités des paroles prononcées et l’effet de l’approche unique de Dickinson à la ponctuation contribuent à donner son rythme à la pièce. Une traduction anglaise des poèmes utilisés est disponible pour les spectateurs ne parlant pas couramment le chinois. Cela est intéressant à lire, ajoute du sens, mais ne pas pouvoir lire pendant la pièce importe peu, Dickinson étant par ailleurs réputée pour la polysémie des ses poèmes.

La fin arrive comme une caresse, et sous plusieurs aspects laisse la pièce en suspens, malgré les dernières lignes évoquant la mort et l’éternité. Tout ce que je peux dire, c’est que les souvenirs de cette très belle pièce, si délicatement ciselée, perdurent encore en moi. »

Ballet - Dance Magazine - David Mead

  • Crédit Dance Forum Taipei
  • Crédit Dance Forum Taipei
  • Crédit Dance Forum Taipei
  • Crédit Dance Forum Taipei